le manoir des brumes

Le manoir des brumes

Il faut arriver le soir à Bouchevilliers, quand les nuages roulent bas vers l'horizon de coteaux, et que le vent, balayant la vallée, arrache des plaintes et des appels aux vieux arbres torturés. Les brumes qui montent de l'Epte ouatent le vert sombre des pâturages, métamorphosent les saules en ombres irréelles. On se sent alors envahi par un étrange sentiment de fascination.

 
Il y a là un lieu imprégné de magie, comme surgi d'une planète lointaine et inhospitalière, qui semble fuir l'homme en paraissant vouloir le repousser. Une ambiance pénétrante pour l'être sensible aux pulsations de l'insondable... Dans ce décor insolite saturé d'angoisse, le manoir de Sainte-Geneviève dresse sa masse sombre flanquée de deux massives tours carrées.

UN LIEU VOUE AUX FORCES OBSCURES

On raconte, dans le pays, qu'il s'est passé des choses horribles au manoir, événements terribles qui trouvèrent un prolongement jusqu'à il y a une trentaine d’années. Un ancien curé de Neufmarché - bourg voisin de Bouchevilliers - s'occupant actuellement d'une paroisse proche de Rouen, estimait que Sainte-Geneviève, depuis des temps très reculés, avait toujours été un centre de magie noire, tout comme la région dans son ensemble passe pour une contrée secrète et fermée, où sorciers et jeteurs de sorts règnent encore en maîtres. L'abbé X est persuadé que le manoir est une demeure maléfique qui porte malheur à ses occupants, cas typique pour illustrer les propos de Roger de Lafforest: «... soit de la mémoire des murs qui, ayant enregistré au cours des années des événements dramatiques ou pénibles, suintent encore le malheur ou le crime jusqu'à pourrir l'atmosphère des vivants...»


Aucun propriétaire n'a pu se maintenir très longtemps à Bouchevilliers: faillite, décès, difficultés de santé, qu'ils soient cultivateurs ou viennent de la ville, la vieille demeure semble les rejeter systématiquement, comme s'ils avaient violé un sanctuaire, comme si les murs, saturés d'horreur, ne pouvaient plus tolérer présence humaine...

LES SEIGNEURS DE L'EPTE

Le manoir seigneurial de Sainte-Geneviève dépendait du comté de Chaumont et se trouvait placé sous la juridiction du parlement de Paris. Tout son passé officiel est militaire : Bouchevilliers faisait partie de la ceinture de forteresses défendant la frontière de l'Epte - alors large de 14 mètres - face aux Anglais. Le plus ancien document actuellement connu mentionnant Bouchevilliers (De Bouchevilla cum manori o Sancte Genoveje) date de 1308. Il faisait état de la donation du manoir à Enguerrand de Marigny, natif de Lyons-la-Forêt.


Du XIII au XVIIIe siècle, le manoir est le fief de trois grandes familles normandes: Bouchevilliers, Guisancourt et Roncherolles qui «pendant 500 ans ont veillé sur la vallée, le coteau et la plaine».
Au XVIIIe siècle, la demeure passe entre les mains de différents personnages, dont un certain Armand Jean François de Lescalopiet, conseiller du roi, seigneur de Neuf-Moulins, dont les armes étaient «de gueules à la croix d'or contournée de quatre croissants de même...»

Par la suite, comme tant d'autres nobles demeures de France, le manoir se retrouve rabaissé, à plusieurs reprises, au simple rang de ferme, avec les bouleversements révolutionnaires.

ISABELLE LA MAUDITE

A cet antique manoir, dont l'origine exacte ne nous est pas connue, se rattache nombre de légendes plus ou moins symboliques. Celle d'Isabelle de Bouchevilliers, la Maudite, semble particulièrement vivace lorsqu'on l'évoque en contemplant la masse sombre et méprisante du château, lorsque l'on écoute le chant des vieilles pierres, ou que les yeux se noient dans les flammes hautes et mouvantes de la vaste cheminée, dans la salle commune...
La nuit de Noël, à Bouchevilliers, plus qu'ailleurs encore, n'est pas une nuit comme les autres... Les cloches de l'église, à minuit, n'évoquent pas l'amour, mais la malédiction, l'orgueil, et la folie... La lune blafarde au ciel obscur, irradie les brumes en leur fantastique et solennel ballet, les ombres, les bruits assourdis de la nuit, le silence même, chaque chose semble un appel au maléfice. Le village aux toits bas, traversé par l'Epte sinueuse, dominé par la masse insensible du manoir, cerné par les vapeurs de décembre, paraît appartenir à une quelconque vallée des sortilèges. Isabelle la Maudite revient...


Une fois encore, elle, qui ne craignait ni Dieu ni Diable, que son orgueil avait placée au-dessus des hommes et de la vie, a rendez-vous avec elle-même, avec le défi qu'elle avait jadis lancé. Cette même nuit, en 1470, la neige tombait à gros flocons sur Bouchevilliers. Autour des troncs d'arbres qui brûlaient dans la vaste cheminée, domestiques, hommes d'armes, invités attendaient l'heure de la messe tout en festoyant.
Une seule personne demeure à l'écart: l'hôtesse, Isabelle de Bouchevilliers, mystérieuse, vibrante et belle, toujours dolente de son seigneur éventré par un sanglier au cours d'une tragique partie de chasse.
A mesure que l'heure avance, son regard se fait plus fixe, tourné vers la campagne ensevelie de neige.


Soudain, se produit un choc contre une fenêtre, sans doute quelque oiseau de nuit, et les prunelles d'Isabelle s'agrandissent encore...
Depuis la mort de son époux, elle semble indifférente, comme détachée du monde, insensible et lointaine. Désir de vengeance ou soif de braver, de défier l'univers entier, elle se lève soudain: «Je vais chasser !»
Personne, ni le curé, ni ses parents, ni les invités, personne ne peut la retenir. Elle fait seller son cheval, celui de sa fille. Les valets couplent les chiens. Mais personne ne se montre assez brave pour la suivre.
Elle s'enfonce seule dans la nuit poudreuse, suivie par sa fillette tremblante de peur, gagne au grand galop les sentes glacées de la forêt de Lyons, hurlant pour lancer ses chiens.


Les gens du manoir retrouvent la petite fille le lendemain matin, transie de froid et de peur, cramponnée à l'encolure de son cheval, en pleine forêt...


Mais personne ne revit jamais Isabelle et sa meute. Aussi, depuis, chaque nuit de Noël, passent Isabelle la Maudite et sa meute infernale. Dans le village, les chiens hurlent à la mort, des ombres inquiétantes reprennent possession du manoir, le vent hurle dans les combles, apportant les rumeurs d'une galopade insensée...
C'est encore à des chasseurs qu'a trait une autre légende du manoir. Un groupe de seigneurs avait capturé un blaireau. Or, il s'agissait du Diable ainsi métamorphosé. Ils se réfugièrent au château et barricadèrent les portes, mais ils moururent tous aussitôt… Parfois aussi, les jours d’orage, retentissent les cris d’horreur et les appels désespérés d’un certain Nicolas Fignère, assassiné au Valmontet, dans des circonstances particulièrement mystérieuses…

UN SARCOPHAGE EGYPTIEN ?

Le manoir de Sainte-Geneviève des Brumes appartenait à une famille parisienne, les V... Mme V... le tenait en héritage de son père, Mr Jean Saint, père de M. Charles Saint, auteur de l'ouvrage consacré à Bouchevilliers, déjà cité.


Les V..., alors qu'ils étaient encore propriétaires du manoir, habitaient à Paris, mais effectuaient de fréquents séjours à Sainte-Geneviève qu'ils entreprirent de restaurer partiellement, ce durant vingt ans. Autour de ce couple et de leurs quatre fils, les manifestations les plus incroyables se produisirent. Manifestations paranormales dont purent être témoins les anciens fermiers du domaine ainsi que de nombreux visiteurs. Un certain dimanche d'été, les V... recevaient quelques amis. Le déjeuner venait de s'achever et Mme V... emmena les enfants pour une courte promenade afin qu'ils se détendent un peu. Le petit groupe s'engagea sur l'allée principale qui conduit à la route nationale, à travers prés et vergers. A mi-chemin, Mme V... se retourna vers le manoir. Elle demeura ainsi, stupéfaite, l'espace de quelques secondes:


«Devant la façade du pavillon nord, mais détachée d'elle, juste au-dessous d'une meurtrière condamnée qui, autrefois, donnait accès à une oubliette, raconte-t-elle, j'ai vu une forme d'apparence humaine, étroite aux pieds et arrondie à la hauteur des épaules, présentant l'aspect général d'un sarcophage égyptien. C'était blanchâtre, cela tremblait légèrement. L'apparition s'est maintenue quelques minutes, puis a disparu...»
Ce phénomène, qui fut baptisé «la forme» ne se manifestait pas pour la première fois. Déjà, quelques jours plus tôt, Xavier, le fils aîné des V..., l'avait aperçue alors qu'il revenait de chercher du lait à la ferme voisine, exactement au même endroit…

TROIS MOINES ET UN SPECTRE AUX LONGS CHEVEUX

C'est encore Xavier qui, également entre chien et loup, entrevit trois silhouettes blanches cheminant vers l'église située sur un coteau en aval de l'Epte, derrière le manoir. Il lui parut tout d'abord qu'il s'agissait de moines. Intrigué par leur présence en cette heure tardive, il hâta le pas afin de les rejoindre.


A mesure qu'il accélérait son allure, les moines marchaient plus vite, de telle manière que la distance les séparant de Xavier demeurait identique. A un détour de la route, le jeune homme les perdit de vue: il devait les retrouver passé le tournant. Les trois inconnus se dirigeaient vers l'église. Ils disparurent alors brusquement. Xavier les chercha partout: les trois «moines» ne pouvaient avoir pénétré dans l'église, celle-ci étant fermée à clef et déserte à cette heure et nulle part alentour il n'en trouva trace...
Gérard, le second fils des V..., s'adonnait à la pêche avec passion. Aussitôt arrivé à Bouchevilliers, il rassemblait son matériel et s'installait sur les bords de l'Epte pour des heures entières.


Un soir, vers dix-neuf heures, alors que le soleil décline, il se trouve à pêcher sur un coude de la rivière qu'il affectionne particulièrement, lorsqu'il aperçoit une forme diaphane d'apparence irréelle qui lui fait face. Il se frotte les yeux, se croyant en proie à une hallucination, regarde de nouveau... L'apparition se rapproche lentement, Gérard peut distinguer son visage, pâle aux traits tirés, entouré d'une masse de longs cheveux diaphanes...
Pris de panique, il abandonne ses cannes et court vers le manoir sans même oser se retourner. Pourtant Gérard V... est un garçon plein de bon sens, épris de positif, d'un caractère nullement émotif.

CARILLONS DE L'AUTRE MONDE
Caveau souterrain dégagé par les Devilder-Saint

M. V..., son père, de caractère tout aussi posé, fut lui aussi le témoin d'une manifestation paranormale. Pourtant, il ne cache pas son scepticisme en matière de surnaturel. Cela se passe il y a une quarantaine d’années, un soir d'hiver.


M. V... se trouve seul à Bouchevilliers. Pour meubler sa soirée, il s'installe confortablement sur le divan de la salle commune, après le dîner, pour regarder une émission de télévision qui l'intéresse particulièrement.
«Je m'en souviens parfaitement. Il s'agissait d'un film consacré à Toulouse-Lautrec. Soudain, venant du couloir qui traverse le manoir dans le sens de la longueur, j'entendis résonner des bruits de pas. Ils s'approchèrent, ralentirent, s'arrêtèrent. J'eus alors l'absolue conviction que quelqu'un allait frapper à la porte, ou entrer. Mais il n'en fut rien. Les pas repartirent en sens inverse. Je me levai, gagnai la porte et regardai dans le couloir : il n'y avait personne, non plus dans la cour».


Vers cette époque, les phénomènes auditifs sont pratiquement incessants à Bouchevilliers. D'innombrables personnes entendent les coups sourds qui paraissent provenir du sous-sol et résonnent dans l'épaisseur des murailles, en divers endroits de l'édifice. Une petite bonne, au service des V..., étrangère à la région, ne put supporter cette ambiance bien longtemps et préféra quitter son emploi. Très peu courants parmi les phénomènes de hantise sont les tintements de cloches invisibles qui, de jour comme de nuit, troublent le silence du manoir.
Le principal témoin de ces étranges poltergeists fut l’ancienne gardienne. Elle repasse dans la lingerie, au beau milieu d'un après-midi d'été, lorsque les chiens se mettent à grogner furieusement puis finalement à hurler à la mort. Inquiète, croyant en la venue d'un quelconque rôdeur, elle regarde par la fenêtre: tout est calme. Son travail terminé, elle rassemble la pile de linge et traverse la cour pour la porter au manoir.
«A ce moment, se souvient-elle, j'entendis des cloches sonner à toute volée et j'éprouvai un violent malaise. Instinctivement, je levai la tête : les tintements provenaient du pavillon nord».


Il est environ seize heures et les cloches invisibles continuent à carillonner durant à peu près dix minutes. Or, les seules cloches de Bouchevilliers sont celles de l'église, située assez loin, sur l'autre versant de la vallée. Une méprise est rigoureusement impossible. Quelques temps plus tard, M. et Mme V..., alors qu'ils reviennent en voiture d'une visite en un château voisin, entendent, depuis la route, le son de ces mystérieuses cloches qui semblent provenir de Bouchevilliers. Rendus à Sainte-Geneviève-des-Brumes, ils interrogent les gardiens, leur demandant pour quelle raison les cloches de l'église ont sonné : les gardiens n'ont rien entendu, la cloche de l'église étant restée muette...

SUEURS D'ANGOISSE

Aux manifestations matérialisées et auditives s'ajoutent encore d'autres phénomènes relativement plus énigmatiques auxquels une certaine catégorie de personnes sont sensibles.


Parfois, un souffle glacial émanerait de certains murs, en particulier de celui jouxtant l'escalier menant à la grande salle du premier étage, celui-là même où plusieurs personnes justement entendirent frapper des coups sourds, notamment la petite bonne et les deux plus jeunes fils V...
Certains visiteurs deviennent subitement livides alors qu'ils pénètrent dans la salle commune. Des flots de sueur inondent leur visage, ils étouffent et se sentent envahis par une insurmontable sensation d'angoisse.


En 1968, un artisan fut appelé à Bouchevilliers pour une réparation à effectuer dans cette fameuse salle commune. Dès qu'il y entre, il sent son degré de nervosité augmenter, sa gorge se serre et une force aussi impérative qu'inexplicable le force à quitter les lieux. Il titube, son regard est devenu fixe, son front couvert de sueur.


A plusieurs reprises, il tente de pénétrer à nouveau dans la salle, mais chaque fois il ressent les mêmes malaises : il doit repartir sans avoir pu effectuer ses travaux. La même mésaventure advint à un jeune étudiant, camarade des fils V..., mais dans l'escalier menant à la salle du premier étage.

MYSTERES DU TEMPLE

Une commanderie de templiers existait jadis non loin de Bouchevilliers, exactement à Joyeux-Repos.
En ce qui concerne directement le manoir, une tradition relative aux templiers s'avère particulièrement ancrée. Nous l'avons vu, le château fut donné à Enguerrand de Marigny en 1308, donc juste un an après le coup de filet de Philippe le Bel. Cette coïncidence nous amène fatalement à nous poser une question: le château était-il une possession templière saisie en 1307? Et, dans l'affirmative, pourquoi une donation aussi hâtive?
La légende avance - mais est-ce bien une légende ? - qu'au lendemain de l'arrestation des templiers, un convoi de chevaliers vint «échouer» à Bouchevilliers. Ceux-ci se seraient livrés à des travaux de maçonnerie dans des souterrains, à partir du pigeonnier situé dans la cour centrale, afin d'enfouir un mystérieux dépôt. Cinquante d'entre eux, qui participèrent directement aux travaux, et, en l'occurrence, connaissaient le secret de la cachette, furent murés avec les coffres. S'agit-il d'un fait historique, d'un récit à «clef» ou d'une pure affabulation? Nul ne le sait, d'autant plus que cette tradition est fort peu connue. Sauf de certains, assez inattendus, peut-être... En effet, alors que M. et Mme V... étaient propriétaires, ils purent observer souvent, le soir venu, des voitures qui venaient s'immobiliser sur la route, tous phares éteints, à hauteur du manoir.
Il arrivait fréquemment, par ailleurs, qu'au matin, ils relèvent des traces de passage dans le parc : les visiteurs nocturnes avaient jeté sur une pelouse un paquet de cigarettes vide, une boîte de film, laissé des empreintes de pas dans la terre grasse. Incidemment, les V... apprirent de source sûre que certains hauts fonctionnaires et personnalités politiques s'intéressaient tout particulièrement à Bouchevilliers. Le fait est-il à rapprocher des nombreuses visites d'officiers de police, qui, à maintes reprises, leur rappelèrent, qu'ils n'avaient pas le droit d'entreprendre des fouilles, même partielles, sans autorisation préalable des Affaires Culturelles?
Et que dire de cet avertissement donné à Mme V..., alors qu'elle évoquait son manoir de Bouchevilliers et le rapport de celui-ci avec une éventuelle cachette templière: «Il est des choses dont il vaut mieux ne rien dire».

UN NOEUD DE SOUTERRAINS

Les V... reçurent la visite d'un sourcier de Gournay en Bray, fort réputé dans la région. Celui-ci détecta les emplacements de souterrains partant de Bouchevilliers. Certains d'entre eux remontent sans aucun doute à la forteresse primitive.
Le radiesthésiste, outre diverses galeries d'importance secondaire, situerait un souterrain royal, se dirigeant vers Gisors. A l'intérieur même du manoir, il repère une crypte dont il précise la profondeur: treize mètres au-dessous du niveau du sol.
Lors de son passage à Bouchevilliers, ‘P. M.’ détecte lui aussi le souterrain royal, dans le même axe que celui déterminé par le sourcier de Gournay en Bray, la crypte rigoureusement au même endroit et à la même profondeur. Il révèle en plus l'existence d'une tombe très importante enterrée à sept mètres de profondeur, au seuil de la tour sud. Il semblerait toutefois difficile de dégager celle-ci: une voûte de pierres de taille se rencontre en cet endroit, à trois mètres au-dessous du niveau du sol...
Les V..., par hasard, au cours de travaux, découvrirent un coffret contenant un rouleau de parchemin: malheureusement, celui-ci, dès qu'il en fut retiré, tomba en poussière. Peut-être, sans doute même, aurait-il pu révéler l'un des grands secrets de la demeure. Enfin, Roger Lhomoy, l'ex-gardien du château de Gisors, en visite à Bouchevilliers, affirma: «Le trésor des templiers est chez vous». Faut-il prendre cette affirmation en considération, au pied de la lettre tout au moins, puisque Lhomoy aurait déjà affirmé la même chose à propos de la motte artificielle du donjon, à Gisors… ou y aurait-il une causalité entre les deux sites et les deux faits ?

LES VISITEURS DU SOIR

Certaines personnes - un homme et une femme - furent amenées à se présenter à Bouchevilliers «par hasard».


La jeune femme, dès qu'elle pénètre dans la salle commune est prise de malaise: elle ressent exactement les mêmes symptômes que précédemment différentes personnes, l'artisan de Gournay en Bray par exemple. Le même phénomène se reproduit dans une ancienne chapelle située en lisière du parc où l'homme, à son tour, semble ressentir un certain appel de l'invisible.


Les deux visiteurs reviennent accompagnés de plusieurs autres personnes fort discrètes, un soir d'automne, avec tous les objets rituels nécessaires aux cérémonies d'invocation, et tracent le cercle magique dans la grande salle au premier étage de la tour nord. L'un des fils V..., Xavier, pénètre dans le cercle avec les officiants. Il devait rapporter par la suite qu'il avait plusieurs fois essayé d'en sortir, mais que cela s'était à chaque fois révélé impossible : il avait l'impression de se heurter à un mur invisible.
Mme V..., quant à elle, n'a pas voulu assister à l'expérience, préférant demeurer au rez-de-chaussée, en compagnie de son mari et de l'un des dignitaires du groupe de visiteurs. Ce dernier ressent soudain une présence avec laquelle il engage un court dialogue. La présence se matérialise même quelques courts instants dans un angle de la pièce. Il s'agit d'une femme. Aux dires de Mme V..., elle réclamait les prières de vivants. Isabelle?... Il y eut enfin un rafut formidable qui sembla ébranler le manoir. Mme V... demanda alors que l'expérience soit arrêtée. J'ai rencontré le principal acteur de cette étrange cérémonie. Il s'est montré peu loquace en ce qui concerne les résultats obtenus, se contentant de conclure, pour clore notre entretien : «On ne peut pas travailler à Bouchevilliers, c'est trop chargé de présences, de miasmes».

RECOURS A LA RADIESTHESIE

Afin de verser au dossier l'opinion d'un radiesthésiste sur une éventuelle présence de radiations telluriques ou cosmiques particulières à Bouchevilliers, trois photos représentant différentes parties du manoir ont été confiées à un spécialiste demeurant dans les Vosges. La première est celle de la façade nord de la tour nord et de la façade ouest du corps de logis, la seconde le pigeonnier octogonal situé au centre de la tour, la dernière enfin le côté est de la tour nord, là même où se trouve l'orifice obstrué de l'oubliette, et où, à deux reprises, se serait manifestée «la forme». Ses conclusions sont les suivantes:


Première épreuve: pas d'influence de courants telluriques et de rayons cosmiques (neutre). Cette maison à différents niveaux a été le théâtre de phénomènes paranormaux plus ou moins marqués. Rien d'anormal actuellement pour tout ce qui concerne les parties immédiatement situées de derrière les façades visibles sur la photo.


Deuxième épreuve : là non plus, pas d'influence tellurique et cosmique. Rez-de-chaussée avant de la première façade, phénomènes paranormaux existants et assez intenses formant un tout et ne paraissant pas avoir de lien avec l'extérieur ou avec des rayonnements invisibles. Ce serait donc la seule partie active de l'immeuble.


Troisième épreuve : bâtiments contigus à la tour, légère présence de rayons telluriques, sens négatif, pas d'influence cosmique, pas de présence paranormale. Ce radiesthésiste ne connaissait ni Bouchevilliers, ni son histoire.

L'OPINION D'UN SPECIALISTE DE L'ARCHITECTURE SECRETE

En Juillet 1971, un article succinct paraît dans le mensuel ‘l'Ere d'Aquarius’, consacré à Sainte-Geneviève-des-Brumes… à la suite duquel arrive une lettre d'une personne de l'Isère, spécialiste d'ésotérisme médiéval et templier, d'architecture secrète et de cryptographie. L'article dont il est question ne faisait nullement mention des légendes, des questions templières ayant trait à Bouchevilliers, non plus que des déductions du radiesthésiste de Gournay, de celles de P.M. relatives aux souterrains et à la crypte.


Une correspondance s'engage dont est relaté ici l'essentiel des conclusions de cette personne que nous appellerons M.P...


«Pour celui-ci, Bouchevilliers aurait été remanié considérablement au XVe ou au XVIe siècle, mais l'aspect général et la conception massive de la bâtisse évoquait irrésistiblement pour lui une demeure templière. L'apparition dite «la forme» serait la preuve, quant à M.P,... qu'il existerait sous le manoir une crypte ou une chapelle secrète dont l'accès, naturellement, serait condamné et perdu. Tous les fantômes enregistrés à Sainte-Geneviève-des-Brumes en proviendraient. Ils s'acheminent, par les souterrains et les conduits d'aération, dans l'épaisseur des murailles et produisent cette impression d'être entouré de résonances indéterminées».
Et, dans une lettre postérieure:


«Je parle ici des bruits divers entendus de l'intérieur et de l'extérieur et provenant sans aucune erreur d'une crypte ou d'une chapelle souterraine et qui possèdent des aérations obligatoires dans les murs du château. Le bruit d'une clochette dans ces lieux s'amplifiant avec une bonne brise ressemble à des sons de cloche partant du sommet d'une tour». Quant aux différentes apparitions, elles constitueraient, toujours d'après M.P..., une preuve supplémentaire de l'imprégnation templière du lieu. Il ne précisait pas en quel sens.


Il écrivait dans une de ses dernières lettres «Je suis certain que le château est soit d'origine templière, soit acheté par les templiers ou reçu par eux en donation et qu'il recèle un dépôt très important: document secrets, tombe importante, etc… Je ne pense pas du tout à une cachette trésorière. Il reste (le dépôt) malgré les siècles, protégé par une forme naturelle mise en branle par ces initiés qu'étaient les templiers et dont nous avons perdu le secret».


Il est troublant de constater que cette personne, ayant de nombreux liens avec des sociétés ésotériques, soit arrivée à des conclusions corroborant celles de deux radiesthésistes - une crypte souterraine et une tombe - sans même s'être rendue sur place, avec seulement deux ou trois photos de l'édifice comme documents...

Il apparaît clairement que le « manoir des brumes » de Bouchevilliers est hanté. Mais pour quelle raison ? Et ces fantômes partiront-ils un jour, une fois leurs « âmes » apaisées ?

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Commentaires (1)

1. Lepeuple 08/10/2017

Bonjour ma grand mère a vécue dans ce manoir de 1929 à 1934 Et n'a jamais croisé aucun fantôme ou esprit.

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